Book club · Stefan Zweig, Lettre d’une inconnue · par David Mbombo

Lettre d’une inconnue, c’est l’histoire d’une jeune fille fascinée par un homme. Une fascination maladive. On retrouve là un thème cher à Stefan Zweig : on pense au Joueur d’échecs, à Amok, ou encore à Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. C’est cette folie, cette passion, cette folie amoureuse qui nous interroge, surtout dans Lettre d’une inconnue : qu’est-ce que l’amour ?
Un amour d’enfant, de loin
Une jeune fille tombe amoureuse d’un homme. On voit déjà qu’il s’agit d’une forme d’amour enfantine, et pas toujours dans le bon sens du terme : c’est un amour lointain, pour une personne qu’elle ne connaît que de l’extérieur. On a l’impression qu’elle aime davantage l’idée de cette personne que la personne elle-même.
Tout au long du livre, elle ne va pas vraiment le connaître. Et lui ne va pas vraiment la connaître non plus… je ne vais pas en dire davantage pour ne pas vous gâcher la lecture. On peut alors se demander en quoi consiste ce type d’amour, et même, pourrait-on dire, ce type d’obsession.
L’amour doit-il nous enfermer ?
Ce livre nous pose au moins une question : qu’est-ce que l’amour ? Est-ce que l’amour devrait nous enfermer, nous aliéner ? C’est peut-être là la critique la plus forte que porte ce livre : cette jeune fille aime peut-être, mais elle aime sans s’aimer.
Un amour qui libère : l’agapè
C’est peut-être la grande force de l’amour tel que le décrivent les chrétiens : c’est un amour qui aime en s’aimant. Jésus le dit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée… et tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Matthieu 22, 37-39).
La garantie de l’amour véritable, c’est d’aimer Dieu. Dieu, c’est le Tout Autre : celui qu’on ne maîtrise pas, qu’on ne contrôle pas, qui nous échappe toujours, mais qui est aussi toujours tout proche, plus proche de nous que nous-mêmes. Aimer ce Dieu-là, s’aimer soi-même et aimer l’autre, non pas comme trois moments différents, mais comme un seul acte d’amour.
Un amour qui ne nous aliène pas, mais qui nous libère ; un amour qui nous rend capables d’être nous-mêmes devant Dieu et devant les autres. C’est ce qu’on appelle l’agapè.
Le texte de Lettre d’une inconnue semble décrire un autre type d’amour : un amour qui ne libère pas, un amour qui s’obstine et qui enferme.
Voilà ma lecture. Une très belle lecture, que je vous recommande. Je ne veux pas vous dévoiler la suite : à vous de la découvrir !
Pour aller plus loin, du même auteur : Le Joueur d’échecs, Amok, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme. Retrouvez toutes nos lectures dans le Book club. Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Dites-le en commentaire.
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